Lume, premier prototype

by Matthieu Savary, on 29 december 2015

Lume, ou comment passer de l'idée à la réalité en quelques jours et quelques étapes. Nous lançons ici une série d'articles à propos de Lume, un projet entièrement Made by US. dont nous raconterons l'histoire au fil de l'eau, du concept aux tests, en passant par toutes les étapes de l'UX/UI, du design produit, les épreuves, les succès. On vous raconte tout.

Antipode is back.

En 2009 (vous savez, l'époque où l'iPhone et Facebook existaient à peine et où la fibre et la 3G n'étaient pas déployées !), la mise en œuvre d'un projet tel qu'Antipode semblait bien compliquée. De quoi s'agissait-il exactement ? D'une lampe dont le variateur d'intensité se sert des webcams extérieures du monde entier en fonction de leurs fuseaux horaires respectifs – c'est-à-dire de leurs luminosités respectives, à latitudes égales. Une lampe vecteur de voyage onirique, qui affiche les villes atteintes selon la luminosité choisie (Il est 21h et il fait nuit noire en France ? Il est midi avec un soleil radieux à Santa Barbara – je sais, c'est pas juste). En somme une lampe qui suit la rotation de la planète, tout au long de notre nuit et du jour des autres, qui confère à son utilisateur le sens d'une certaine appartenance au monde. Mais aussi une lampe programmable "avancée", surtout pour l'époque.

On entrevoit d'ailleurs facilement les difficultés et freins à l'usage : nécessité impérieuse d'une connexion internet permanente, stable, puissante pour récupérer les flux vidéos instantanément, dès que le variateur est activé ; besoin de trouver des webcams sur tous les fuseaux horaires et non polluées par la lumière artificielle, plutôt proches de l'équateur pour ne pas subir les variations d'intensité dues aux saisons… Sans parler de la difficulté d'intégrer un écran LCD avec une luminosité suffisamment puissante dans une structure sphérique. J'arrête la litanie, c'est déprimant, non ?!

D'ailleurs on y croyait et on y croit toujours : tout spécialistes de l'UX/UI que nous sommes nous savions, même si la vague des produits connectés et de l'Internet of Things (IoT) n'avait pas encore vraiment déferlé, qu'il faudrait bien un jour sortir des écrans pour retrouver la sphère des objets en 3 dimensions si nous voulions toucher les gens le mieux possible, et nous essayions déjà de nous affranchir autant que possible des souris et claviers d'ordinateurs. Nous étions déjà convaincus que l'interaction ne peut se limiter à ces interfaces aux "valeurs et positions discrètes", sans chaleur… et la satisfaction de nos âmes de designers industriels l'imposait de toutes façons !

Un projet d'équipe

Au mois de juin dernier alors que l'été pointait le bout de son nez nous avons décidé de relancer la réflexion sur ce projet. Parce qu'on lâche rien. On a réuni toute la famille US, qui n'a pas boudé son plaisir, des business-people aux développeurs en passant par les designers-stratèges, et on s'est lancé dans un workshop pour penser l'évolution de la chose. Florilège :

Évidemment, comme d'habitude on s'est étripé. Des équipes ont jeté les protos d'autres équipes par la fenêtre, d'autres ont diffusé parmi les pires chansons de Shakira (©) pendant les présentations de leurs adversaires. C'était pas beau à voir mais, ainsi qu'on l'explique à chaque fois aux nouveaux stagiaires médusés, c'est comme ça qu'on crée. Personne ne s'est blessé, mais personne n'a oublié. Aha, bref.

Qu'en est-il sorti ?

 Études pour Lume

Lume est une réinterprétation réaliste et "économe" de son aïeul Antipode. Non pas par le faible niveau de la technologie employée (on est d'accord, un smartphone c'est plutôt "high tech") mais parce que Lume exploite ce que nous avons d'ores-et-déjà, pour bon nombre d'entre nous, dans nos poches et qui est capable de diffuser une lumière complexe et programmable : un smartphone. En effet pourquoi ne pas en profiter pour nous en servir comme source lumineuse d'une veilleuse pleine de poésie ? C'est particulièrement opportun en terme d'usage, et c'est aussi une manière pour nous de proposer une autre manière de penser les produits électroniques à venir : une conception plus économique, plus écologique, plus versatile. Sans pour autant sacrifier le design sur l'autel du développement responsable.

Un bel abat-jour, c'est simple, c'est bien

 Google Cardboard (© Google)[/paragraphwidth]

Bois, papier calque, papier miroir, armature en carton. Pour ce premier prototype, à l'instar du fameux Google Cardboard et de nombreux projets dans cette veine, nous avons souhaité privilégier l'usage astucieux et la beauté de matériaux simples. Et de leur passivité : pas besoin de les mettre sous tension pour qu'ils remplissent leurs rôles. Nous pensons que l'apport du design est notamment là : sans tomber dans une frugalité dogmatique, le design permet aussi d'économiser l'emploi et la fabrication de dispositifs coûteux, complexes, voire impossibles à recycler. À l'ère de l'Internet of Things, du tout connecté, l'intelligence apportée dans la conception par les designers – dont c'est justement le métier – est plus décisive que jamais. Quoi, on ne vous l'avait jamais dit ? Voilà qui est fait, consultez des designers !

 

Who said digital things only live in computers? #paper #particles and #3D #mockup today!

Une photo publiée par User Studio (@userstudio) le

Un proto en une semaine top chrono

Pour aller au bout de notre idée première, nous avons souhaité le prototype le plus complet possible… réalisé dans un temps record : une semaine. Un vrai challenge d'équipe : essentiellement 5 personnes mobilisées à différents moments dans la semaine. Aussi avons-nous conçu et réalisé un prototype de la "composante physique" du dispositif ainsi que de son pendant digital. En l'occurrence nous avons développé la première mouture de l'application dédiée pour iPhone. Pour y travailler, nous avons commencé par décliner un univers graphique afin de nous mettre d'accord :

[paragraphwidth] Planche d'univers

Nous avons alors très rapidement réalisé les wireframes des écrans (trop schématiques, on vous les montre pas cette fois-ci mais promis pour la prochaine), puis décliné l'univers graphique sur l'écran d'accueil notamment :

 Itérations sur le thème de l'écran d'accueil

Du mobilier créatif

Une fois paramétrée, l'animation se lance pour une durée donnée, en utilisant un pattern, une animation et des couleurs intégralement déterminés par l'utilisateur. Nous savons que l'appropriation fine d'un produit passe notamment par la capacité qu'il procure à ses utilisateurs les plus matures de le customiser, de l'adapter pour l'adopter. Cependant l'application Lume propose des pré-réglages d'ores-et-déjà raffinés pour tous ceux qui n'éprouvent pas l'envie de jouer, qui découvrent, etc. En matière d'UX/UI ça donne ça :

C'est quoi la suite ?

Il nous reste à travailler sur la dimension sonore du dispositif, notamment du point de vue de l'application. Nous devons évidemment travailler sur la version Android. Plusieurs versions du dispositif physique sont également en cours. Et puis le site actuel – http://getLu.me – est amené à s'étoffer, se compléter. Nous allons continuer d'écrire sur le sujet, au fur et à mesure de nos avancées. Stay tuned!